Kérozène – Adeline Dieudonné

Sincèrement, j’aurais voulu apprécier Kérozène, de l’autrice belge Adeline Dieudonné. J’étais plutôt bien disposée à l’égard de ce roman, pour au moins deux raisons. D’abord, c’est Alice ici présente qui m’a offert ce livre pour mon anniversaire ; j’aurais juste adoré lui dire que Kérozène a été une vraie découverte ! Ensuite, j’avais entendu du bien du premier roman d’Adeline Dieudonné, La vraie vie, même si je n’ai pas encore eu l’occasion de le lire moi-même… J’ai donc parcouru la première page avec grand intérêt : « 23h12. Une station-service le long de l’autoroute, une nuit d’été. Si on compte le cheval mais qu’on exclut le cadavre, quatorze personnes sont présentes à cette heure précise. » Cela démarrait bien…

Je n’ai pas aimé Kérozène – même si, soyons honnête, c’est loin d’être le plus mauvais livre que j’ai lu. Concrètement, j’ai trouvé le fond assez inintéressant, et le style plat. Je vais m’expliquer ci-dessous, mon intention n’étant pas de « descendre » gratuitement une jeune autrice, belge de surcroit.

En ce qui concerne le fond, je me suis ennuyée en lisant Kérozène. Il ne se passe pas grand-chose. L’action est plantée dans une station-service du sud de la Belgique. La première page dépeint une quinzaine de personnes rassemblées par le hasard dans cet espace de passage, et un événement grave en puissance… Dans des chapitres pas bien gros, Adeline Dieudonné dresse une série de portraits et dépeint les raisons qui ont amené ces hommes et ces femmes à cet endroit, à ce moment précis. De la façon dont je l’ai compris, l’idée était sans doute de dresser une série de portraits atypiques, voire cringe, c’est-à-dire qui mettent mal à l’aise le lecteur ou la lectrice. C’est un équilibre qui est sans doute difficile à atteindre. Pour moi, cela n’a pas du tout fonctionné. Généralement, le trait était trop grossier, me faisant basculer du malaise dans le ridicule (et l’ennui, puisque j’attendais sans cesse qu’il se passe quelque chose). Un exemple :

« J’ai sonné. C’est Roger qui a ouvert. Avant de me saluer, il a crié à Marie à l’intérieur : « Oh ! t’avais raison Marie, elle est magnifique ! »

Il m’a fait un clin d’œil et m’a invité à le suivre. Le hall d’entrée était lumineux. Une immense vitrine courait sur toute la longueur du mur.

« C’est ma collection de spéculums. C’est beau, hein ? Regardez, celui-là il date de l’époque gréco-romaine, il est en cuivre et en étain. Ce sont des matériaux fragiles, parfois ils cassaient pendant l’examen, paf, dans le vagin, ah ah ! Vous avez un bon gynécologue ? »

Je ne savais pas si je devais répondre à cette question.

[…]

« Alors, vous avez trouvé facilement ? Ça fait bizarre de vous voir ici. »

Puis, s’adressant à son mari :

« D’habitude, quand je la vois elle a les mains dans ma vulve ! Ah ah !

– À propos de mains dans la vulve, montre-lui ta collection de forceps.

– Ah oui ! Venez ! »

Au niveau de ce qu’on appelle « le style », il y a différentes positions chez les lecteur.rice.s. Pour certaines personnes, c’est essentiel. Pour d’autres, cela ne compte pas du tout : l’important est avant tout de parvenir à « entrer » dans une histoire et de la suivre avec passion. Je ne me réclame pas d’une école ou d’une autre, je me trouve plutôt à mi-chemin. Une histoire prenante peut me faire faire l’impasse sur le style. Ici, la trame narrative ne m’a pas intéressée, mais j’ai également eu de gros blocages par rapport au style. Kérozène n’est pas « mal écrit », il n’est « pas écrit » du tout : il n’y a rien au niveau de l’écriture, ce sont des phrases courtes qui s’enchainent, sujet-verbe-complément, et des paragraphes très court. Je vous laisse vous faire une idée avec cet exemple :

« Victoire était contente du petit SUV qu’elle avait loué. L’habitacle, qui exhalait encore un parfum de neuf, était haut sur roues. Elle se sentait en sécurité.

Le shooting s’était éternisé, évidemment, et elle avait quitté Paris plus tard qu’elle ne l’avait espéré. Elle devait prendre le ferry à Hirtshals, à la pointe nord du Danemark, dans vingt-quatre heures, alors que son GPS lui indiquait encore dix-neuf heures de route. Elle aurait à peine le temps de s’arrêter pour dormir un peu. Elle se trouvait quelque part au sud de la Belgique, dans une région qu’elle ne connaissait pas et qu’elle ne voulait pas connaitre. »

Kérozène m’a fait penser à une œuvre de jeunesse, le genre de récit qu’écrirait une personne toute jeune qui a envie de choquer un peu autour d’elle. Dommage, j’ai sans doute commencé l’œuvre d’Adeline Dieudonné par le mauvais livre. J’ai La vraie vie dans mon salon, j’espère pouvoir vous revenir avec une critique un peu plus positive.

Claire

Édition utilisée : DIEUDONNÉ Adeline, Kérozène, L’Iconoclaste, Paris, 2021.

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