Moi, Tituba, sorcière… – Maryse Condé

Moi, Tituba, sorcière… est un livre prenant de bout en bout : je l’ai lu en un week-end ! Pourtant, ce n’est pas un roman gai. L’on suit les pérégrinations forcées de Tituba, esclave barbadienne de naissance, jusqu’aux colonies américaines, où elle fut une des premières accusées des fameux procès de sorcellerie de Salem (1692).

Tituba, dans la langue poétique que lui donne l’autrice (qui nous impressionne à chaque coin de page par ses phrases enlevées), évoque une période, un lieu… Et la souffrance infinie, imposée, d’être née esclave et, surtout, dans un corps de femme. Dans sa prison, sa compagne d’infortune lui ouvre les yeux : « Blanc ou noir, la vie est bien trop bonne pour les hommes ». Maryse Condé évoque clairement les souffrances de tous les groupes minorisés (personnes racisé.e.s, femmes, Juif.ve.s, sorcières…) d’une façon que l’on nommerait aujourd’hui « intersectionnelle » : le fait d’être doublement ou triplement condamné.e, selon que l’on soit femme et/ou racisé.e et/ou pauvre…

Et pourtant, ce roman est plein de vie ! Maryse Condé ressuscite une Tituba vigoureuse, indignée jusqu’aux tripes de la violence qu’on déchaine sur tou.te.s celles et ceux qui ne nous ressemblent pas… De temps à autres, quand sa vengeance se déchaine, les fruits récoltés en sont cependant bien maigres… Également indignée éternellement de l’oubli que sa naissance lui a automatiquement conféré : comme le lui rappelle, en tout innocence, Maitresse Parris, elle est une « partie non-essentielle » ; et pas une « partie vitale » de l’humanité… Voilà pourquoi, durant des siècles, les historien.ne.s et les descendant.e.s des Puritain.e.s de Salem s’évertueront à savoir ce qui s’est réellement passé à Salem sans faire plus que mentionner Tituba en tant que « esclave barbadienne ». Elle n’aura pas droit à un regard, ni à un mot de pardon. Maryse Condé lui redonne une place dans l’Histoire.

Claire

Édition utilisée : CONDÉ Maryse, Moi, Tituba, sorcière…, Éditions Mercure de France (collection Folio), 1986.

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