La nuit des béguines – Aline Kiner

La nuit des béguines, de la française Aline Kiner, se déroule à l’aube du XIVe siècle, autour du grand béguinage royal de Paris. Nous faisons la connaissance d’Ysabel, Ade et Maheut, jeunes ou vieilles femmes, pensionnaires du béguinage, qui ont choisi une destinée rare à cette époque. En effet, les béguinages étaient des lieux de vie où des femmes au statut exceptionnel – ni mariées ni nonnes – vivaient ensemble, en autonomie, partageant leur temps entre activités manuelles et prières. Seulement, le destin rattrape nos héroïnes : en cette période de troubles politiques et religieux, le roi Philippe le Bel veut supprimer tout ce qui « sort du cadre » (les Templiers viennent d’être arrêtés), et le mode de vie de ces femmes maitresses d’elles-mêmes irrite de plus en plus citoyen.ne.s et religieux.ses…

La nuit des béguines, qui aborde un pan relativement méconnu de l’Histoire (bien que les béguinages soient plus connus en Belgique qu’en France ; nous en avons conservé une série, dont le plus connu est sans aucun doute le béguinage de Bruges), avait a priori tout pour me plaire : une intrigue audacieuse portée par des personnages forts… Malheureusement, ce roman peine à tenir ses promesses.

Pour le dire franchement, je me suis ennuyée à la lecture de La nuit des béguines. Aline Kiner n’écrit pas mal, son écriture est plutôt riche, mais il manque une chose essentielle à ce roman : l’implication. Les péripéties en valent d’autre, le fil rouge de l’histoire n’est pas vraiment clair, et l’on passe d’un personnage à l’autre, d’une scène à l’autre, sans vraiment savoir pourquoi… J’ai eu l’impression de rester perpétuellement en surface, comme à la visite d’une exposition sur la place des femmes dans les béguinages, sans pouvoir réellement m’attacher aux personnages. Le réalisme est une chose, et il me semble qu’Aline Kiner a fait son possible pour produire des personnages « réalistes » pour l’époque, sans revendications féministes anachroniques, par exemple… Cependant, créer des personnages réalistes est une chose, en faire des personnages romanesques auxquels on peut s’attacher en est une autre ! Je ne « condamne » pas du tout Aline Kiner. Je serais curieuse de me pencher sur son prochain roman, si elle parvient à trouver un meilleur équilibre entre réalisme et romanesque afin de davantage mobiliser l’intérêt et l’affect des lecteur.rice.s…

Claire

Édition utilisée : KINER Aline, La nuit des béguines, éditions Liana Levi, Paris, 2017.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s