Trois filles d’Eve – Elif Shafak

La première fois que j’ai commencé à lire Trois filles d’Eve, je n’ai pas accroché. Comme on m’avait offert ce roman avec la demande explicite d’en faire une critique sur ce blog, j’avais cependant le devoir moral de le lire 😉 Presque deux ans plus tard, j’ai repris ma lecture et, avec un œil nouveau, j’ai parcouru les lignes et me suis laissée entrainer dans l’histoire…

L’histoire est celle de Peri, une femme turque, riche et bien mariée qui, en 2016, rejoint son époux et quelques amis à un dîner mondain avec les puissants d’Istanbul. Un incident la fait repenser à son passé, au début des années 2000, alors qu’elle vient d’arriver à la prestigieuse université d’Oxford pour y forger son jeune esprit curieux. Car Peri a un esprit curieux (et anxieux), tourné vers les questions existentielles et l’idée de Dieu (ou bien est-ce l’absence de Dieu ?) En Angleterre, elle rencontre Mona, qui défend aussi farouchement son islam que son féminisme, et Shirin, qui a renié la culture et la religion de ses parents. Trois filles d’Eve, donc, aux prises avec un certain professeur Azur, qui les a réunies dans son séminaire intitulé… « Dieu », rien que cela…

Il ne s’agit évidemment pas d’un roman d’action, mais du récit intérieur d’une femme à l’esprit agile, qui se demande (dans les passages au présent) comment elle en est arrivée à vivre une vie qui ne lui correspond pas… Elif Shafak aborde aussi avec habilité des questionnements philosophiques sur la vie en commun et la foi, tout en restant toujours sur le fil avec son personnage d’Azur, arrogant et provocateur, parfois au bord de la manipulation…

Personnellement, c’est le type de romans que je suis plutôt encline à apprécier. Écrire un tel récit est toujours un exercice d’acrobatie où l’auteur.e se tient sur la corde raide. On peut tomber très facilement dans une pseudo-méditation ronronnante de type « vivre, c’est cool » ou bien, à l’autre extrême, écrire un traité métaphysique qui, si le contenu se révèle pertinent, présente une forme très indigeste à la lecture. Elif Shafak réussit très bien cet exercice délicat ; on avance avec intérêt entre les passages du présent et du passé de Peri, sans que l’autrice ne pontifie sur aucun sujet, qu’il soit de nature philosophique ou politique – car, à travers l’œil de Peri, on observe de loin une Turquie prise dans ses contradictions, entre volonté de modernité et traditions – jusqu’à un final inattendu et percutant, qui m’a hantée un moment après avoir refermé le livre…

Claire

SHAFAK Elif, Trois filles d’Eve, 2016. Pour la traduction française : 2018, Flammarion, Paris, traduit de l’anglais par Dominique Goy-Blanquet.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s