Les yeux rouges – Myriam Leroy

Il ne m’a pas fallu lire plus d’une trentaine de pages pour en être convaincue : j’aurais envie de vous parler des Yeux rouges de Myriam Leroy. Très vite, j’ai été happée par l’histoire et par le talent de son autrice. C’est le premier roman de Myriam Leroy que je lis (je n’ai pas encore eu l’occasion de parcourir Ariane). Peut-être suis-je trop enthousiaste ? Mais si l’on peut discuter à l’infini de sa voix d’autrice, il est certain qu’elle a trouvé une voix pour raconter cette histoire.

C’est l’histoire d’une narratrice sans nom, presqu’inconnue, toute occupée à essayer de raconter – et en même temps de se dépêtrer de – qui est son harceleur, Denis. C’est Denis en haut de l’affiche, c’est lui qui s’impose, lui qui prend toute la place…

« Au fond, l’ennui avait été son université. Il lui avait donné le loisir de penser, de creuser, de progresser dans l’arborescence infinie des questions existentielles. Mais aujourd’hui il en avait sa claque. Il avait envie slash besoin d’un sparing partner, comme à la boxe. En l’occurrence d’une sparing partner : moi. Une adversaire et surtout une alliée, quelqu’un qui aurait le niveau, quelqu’un d’intransigeant qui placerait la barre haut, qui esquiverait et renverrait la balle. Une dose de dope mentale. Il avait putain de besoin d’une activité épistolaire qui reconnecte les circuits. Inconsciemment, à chaque fois qu’il rencontrait quelqu’un, il lui faisait passer ce casting. Et à tous les coups, le candidat échouait.

Jusqu’à ce jour béni où j’étais apparue dans son radar.

Il ne voulait pas m’effrayer, mais il avait misé tous ses jetons sur mon numéro. »

Cette façon de raconter les événements – en utilisant la voix des autres, celle de son harceleur, de ses ami.e.s, de ses collègues, de ses haters – est terrible. L’histoire vous embarque totalement, vous laissant vous imaginer victime à la place de la narratrice, comme si tout vous tombait sur la tête. L’identification a été immédiate et totale pour moi – bien que, fort heureusement, je n’ai jamais vécu de situation similaire. L’horreur est montée en moi, graduellement. La rage de la narratrice est devenue ma rage au fil des pages, rage de l’incompréhension et de la complaisance de la société. Une identification si puissante était certainement le but de l’autrice ; c’est brillamment réalisé.

Au-delà de la façon d’écrire, la thématique du roman est également très intéressante. C’est bien sûr le harcèlement (et notamment le harcèlement en ligne) qui est traité, mais surtout la façon dont la société réagit à ces faits et aux paroles des victimes, en minimisant et relativisant systématiquement la gravité du harcèlement, et la violence que vit la victime au quotidien. Le monceau de ces voix, pseudo-bienveillantes, donne le frisson. Le frisson de la réalité ?

Écriture, rythme, intrigue… Tout est fait pour que le roman se lise vite, se reçoive vite. Un livre coup-de-poing, brutal, qui chamboule.

Claire

Édition utilisée : LEROY Myriam, Les yeux rouges, 2019, Editions du Seuil, Paris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s