Le nom de la rose – Umberto Eco

Umberto Eco (1923-2016) a connu le succès, tant public que dans le milieu de la littérature, avec son roman Le nom de la rose, publié originellement en 1980. Alors, pourquoi est-ce que j’en parle ?

J’ai pris le temps de relire ce roman tout récemment et, comme son intrigue, son symbolisme, la maestria de son écriture et de son rythme, l’érudition qu’on y retrouve, m’ont semblé encore plus remarquables que lors de ma première lecture, il était pour moi essentiel d’en parler dans une critique ! Certaines personnes n’apprendront peut-être rien aujourd’hui mais, à une époque où on lit de moins en moins, j’espère pouvoir convaincre un public jeune ou indécis d’oser ouvrir le manuscrit du Nom de la rose

1327, nord de l’Italie. Dans un contexte de conflit de pouvoir temporel et religieux européen, des représentants de deux ordres religieux doivent se rencontrer dans une abbaye isolée pour débattre de la pauvreté du Christ, une question qui parait anodine, mais qui reflète les tensions qui existent à cette époque au sein de l’Eglise, institution qui s’est enrichie considérablement au fil des siècles aux dépens des peuples… Dans ce contexte, Guillaume de Baskerville, un ancien inquisiteur rusé, et son novice, Adso de Melk, fraichement arrivés à l’abbaye, vont enquêter sur des morts suspectes dans lesquelles les moines croient rapidement voir l’œuvre du diable…

Ce gros roman est, tout d’abord, un vrai régal à lire. Umberto Eco ne laissait pas les choses au hasard quand il écrivait : non seulement on suit une intrigue tarabiscotée, compliquée, entre faux suspects et peur du diable, mais l’atmosphère aussi est assurée ! On se retrouve au XIVe siècle, entre les paysans et vie monastique plus privilégiée, dans un contexte très compliqué, où l’Europe est frappée par « l’hérésie » et où l’Eglise n’hésite pas à brûler les gens à tour de bras ! Mais ici, en dépit du mysticisme et des croyances parfois étouffantes, Guillaume de Baskerville parvient à tracer son chemin à travers les faits, vers la vérité, avec l’usage de son esprit rationnel et affûté.

Le nom de la rose n’est pas seulement un roman policier dans une ambiance historique à se damner, c’est aussi un récit d’initiation pour le jeune Adso, qui se confronte pour la première fois aux passions humaines et aux difficultés et contradictions de son époque (les mysticismes, la sexualité réprimée des moines, la liberté de pensée, l’accès au savoir…)

Au-delà d’un récit prenant et passionnant, le roman touche aussi parfois aux réflexions métaphysiques ou théoriques et, plus ou moins explicitement, Eco lance des pistes d’interrogation sur la puissance du langage et des représentations du monde qu’il crée, la liberté de pensée, le pouvoir qui est inhérent au savoir, ainsi que, dans une réflexion méta, sur la puissance et le rôle de la littérature dans nos sociétés. Ces questions, parfois détaillées, parfois esquissées, demeurent pour la plupart très actuelle (l’accès au savoir/pouvoir, la critique des dogmes et le plaidoyer pour la liberté de penser, les tensions foi/raison/science).

La puissance du Nom de la rose, c’est donc ça : un fond réflexif toujours réactualisé, une intrigue passionnante et non-simplificatrice, des personnages absolument humains qui n’apportent pas de réponses simples, ni à leurs choix, ni à la vie, enfin une qualité d’écriture et une érudition impressionnantes (dans l’ambiance, dans l’époque, dans la réflexion).

On vous l’a sûrement déjà dit : lisez le Nom de la rose au moins une fois dans votre vie!

35 Eco

SI vous vous intéressez au cinéma, vous devez savoir qu’il existe une adaptation filmique, très bonne, réalisée par Jean-Jacques Annaud en 1986, avec Sean Connery et Christian Slater dans les rôles principaux. Fait rare dans le monde du cinéma, ce film est bon tant intrinsèquement (en tant que film) qu’en tant qu’adaptation d’un roman. Le Fossoyeur de films avait fait un focus très intéressant sur ce sujet, je vous joins le lien: https://www.youtube.com/watch?v=d71jVWrY4eI

Édition utilisée : ECO, U., Le nom de la rose, 1980. Pour mon édition française : 1982, éditions Grasset et Fasquelle, Paris, traduit de l’italien par Jean-Noël Schifano.

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