Petit pays – Gael Faye

C’est une très bonne surprise que Petit pays, ce roman de Gael Faye, jeune auteur un peu sorti de nulle part… Le bougre a un parcours atypique : né en 1982 au Burundi d’un père français et d’une mère rwandaise réfugiée au Burundi, il migre vers la France en 1994, quelques temps après le génocide voisin. Il grandit en découvrant l’écriture et la déclamation, le rap et le slam. Il entreprend ensuite des études de finances, devient trader à Londres puis, après quelques années, plaque tout pour se lancer dans le rap (en français, s’il vous plait). Son premier album reçoit bon accueil, mais c’est avec Petit pays qu’il se fait vraiment connaitre ; le roman est inscrit sur les listes de prix prestigieux, et en gagne en 2016, notamment le Prix Goncourt des lycéens et le Prix du premier roman français.

Petit pays raconte donc l’enfance au Burundi de Gabriel, de ses premiers souvenirs à son émigration en France. C’est un roman de qualité, tant pour la forme que pour le fond, et que j’ai trouvé très agréable à lire. Dans cette histoire, le thème de l’innocence et de l’enfance brisées est central, et l’auteur interroge ces thèmes avec subtilité, sans gros sabots. Ls interrogations de Gabriel sur l’ethnie, l’humanité, la violence, naissent et croissent avec la peur, qui est un autre thème important du roman. J’ai particulièrement apprécié le soin apporté à la composition des personnages, qui ne sont jamais clichés, mais toujours bien équilibrés. C’est réellement l’humanité et (parfois) son absurdité qu’on peut lire dans le roman, et les personnages diversifiés se définissent plus par leurs actions que par des caractéristiques fixes (ainsi, Jacques, ex-colon raciste, sauve la mère de Gabriel, tout comme Gino, le meilleur ami de notre héros, se fascine pour la violence et révèle ses zones d’ombre au fil des pages).

Pour ce qui est de la forme, j’ai vraiment apprécié l’écriture de Gael Faye, qui est très sensorielle et tente de nous transmettre au mieux les images, sons et parfums du Burundi. J’ai aimé les interjections en kinyarwanda ou autres langues locales, et le bruit de vie qui se dégageait de l’écriture de Gael Faye. Si je parle de « bruit de vie », ce n’est pas innocent, car je n’ai pas à proprement parler lu ce roman, je l’ai écouté en format audiobook. J’ai donc eu le plaisir d’écouter une version du texte lue par Gael Faye lui-même ; il a donc lu, je suppose, avec les intonations qu’il avait imaginées pour ses différents personnages, situations et sentiments. Grâce à cet audiobook, je me suis fortement impliquée dans le récit (sans doute plus qu’à travers une simple lecture), j’ai vraiment adoré ce roman !

Sur ce, je vous laisse avec un extrait retranscrit d’un beau passage de Petit pays ! Profitez !

Le peuple a sorti son drapeau blanc, se livre à des batailles de boules de neige dans des champs de coton. Les rires résonnent, déclenchent des avalanches de sucre glace dans la montagne. Des jours et des nuits qu’il neige sur Bujumbura. Le dos appuyé contre une pierre tombale, je partage une cigarette avec la vieille Rosalie, sur la tombe d’Alphonse et Pacifique ; à six pieds sous la glace, je les entends réciter des poèmes d’amour pour les femmes qu’ils n’ont pas eu le temps d’aimer, fredonner des chansons d’amitié pour les camarades tombés au combat. […]

34 Faye

Édition utilisée: FAYE, G., Petit pays, 2016, Grasset. Pour l’audiobook : Audiolib, enregistré à Paris en septembre 2016, suivi d’un entretien avec l’auteur. Durée : 5h40

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