Faillir être flingué – Céline Minard

Faillir être flingué, de la française Céline Minard, raconte la construction d’une ville nouvelle, dans l’Ouest américain, destination vers laquelle toutes les pistes convergent…

Ce roman, dans lequel on se plonge facilement, a obtenu le prix du livre Inter 2014 et de bonnes critiques, et je pense comprendre ce qui a touché les gens, au point de se voir remettre un prix. La grande victoire de l’auteure est de construire une ambiance typée, en évitant les clichés liés au genre. On pénètre facilement cet univers du Far-West et de ville nouvelle, où une population mixte s’échoue (Blancs, Indiens, Chinois…) et où tout semble possible. La ville sans nom est un cocon où tous les personnages, à la recherche d’un renouveau, se soutiennent et s’efforcent de créer un bien-vivre ensemble. Le scénario, que j’ai ressenti comme moins important que l’ambiance que le roman dégage, se construit par petites touches, au fil des errances des nombreux personnages. Homme ou femme, chacun a une histoire et un passé, qui est parfois à oublier, mais qui de toute façon façonne le présent, dans cette ville nouvelle où chacun peut se réinventer. Le thème du (re)commencement, voire celui de la rédemption, est sans doute le fil rouge le plus important du roman.

Faillir être flingué est un roman qui nous permet de voyager et de rêver, mais il manque néanmoins pour moi de quelques éléments. D’abord, brièvement, j’ai trouvé la répartition des rôles un peu inégale ; j’en parle expressément car l’auteure a inclus de nombreux personnages, hommes comme femmes, qui possèdent tous une force et du caractère. Néanmoins, les femmes ont un traitement bien plus bref que les « héros » du roman, Brad, Jeffrey, Josh, Gifford, Elie… Sally, Arcie, Eau-qui-court-sur-la-plaine, Xiao Niù ne méritaient-elles pas également un développement à la hauteur de la forte personnalité qu’elles semblent avoir, quand on recueille l’une ou l’autre information sur elles ? D’aucuns diront que c’est un détail, mais j’ai trouvé cela dommage. Ensuite, un autre détail, mais qui brise tout de même l’immersion dans l’atmosphère de l’Ouest lointain, c’est le grain très « lisse » du récit. Bien sûr, la conquête du Far-West n’est pas faite que de sang et de larmes, et Faillir être flingué a la fraicheur d’éviter nombre de clichés (les duels, la scène d’action Blancs-Indiens, pour ne citer que ceux-là…), mais l’ensemble dégage une impression de monde irréel, où tout le monde est en bonne santé, les nouveaux habitants de la ville s’unissent dans la bonne humeur pour survivre, et tout est bien qui finit bien pour tout le monde (chacun a trouvé l’amour, bâti sa maison ou son entreprise, s’est enrichi, a trouvé une raison de vivre). Où sont la rudesse du climat, de la terre, des autochtones, les tensions internes inhérentes à la création d’une nouvelle ville ?

Malgré ces quelques réserves, j’ai apprécié ma lecture ! Faillir être flingué est un bon petit roman, sympathique et dépaysant, mais qui ne me laissera pas, je pense, d’impression durable.

Céline Minard, née à Rouen en 1969, est une écrivaine française.

Édition utilisée : MINARD, C., Faillir être flingué, 2013, Payot & Rivages, Paris.

3 réflexions sur “Faillir être flingué – Céline Minard

  1. Bonjour,
    j’avais découvert ce titre peu de temps après sa sortie, en 2014, et effectivement j’avais moi aussi été gênée, au départ, par ce côté « lisse » dont tu parles ; il manquait ce côté crade et boueux que j’aime tant dans le western. Néanmoins, rétrospectivement, je le considère plutôt comme une sorte de conte western que comme un western pur et dur, avec son côté un peu irréel et intemporel.
    Je n’avais pas remarqué, par contre, cet écart entre les personnages masculins et féminins dont tu parles, j’avais même au contraire gardé le souvenir d’un roman où les personnages féminins étaient plutôt présents, mais à l’époque je n’y étais pas aussi attentive que maintenant et, comme j’ai bien envie de relire ce titre, je pense que j’y prêterai plus attention !

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    • Je suis assez d’accord avec tes deux remarques! Je n’ai rien à ajouter sur la première mais oui, pour l’écart entre les personnages féminins et masculins, ça m’a frappée! Parce que j’ai trouvé les personnages féminins plutôt « forts », mais j’aurais bien aimé suivre Arcie ou d’autres… Typiquement, j’avais été frappée par le personnage de Xiao Niù, qui est présente au début, puis disparait, puis réapparait juste à la fin… C’aurait pu être super intéressant de la suivre, je trouve! Merci pour tes remarques, en tout cas! 🙂

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  2. Pingback: C’est le premier, je balance tout ! #1 | Les Cheesecakes de Dolores

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