La fureur du Gange – Manohar Malgonkar

La fureur du Gange est un roman qui semble avoir tout pour lui : de l’aventure, une touche d’amour, des nobles et des prostituées, de beaux sentiments et des traîtres, un cadre de guerre (1940-1945), Gandhi… Alors, pourquoi ça ne fonctionne pas ?

Je me suis sincèrement posé cette question, d’autant plus que, d’habitude, je suis friande des récits d’aventures insérés dans un cadre historique (que ce soit dans des bouquins ou des séries TV, à l’image de Peaky Blinders, par exemple) !

Dans La fureur du Gange, de Manohar Malgonkar, nous suivons le destin de Debidayal et de Guiann, deux jeunes hommes indiens qui se rencontrent à l’université durant les années 1930. Le premier est issu de la bonne société indienne, mais développe des sentiments anti-Anglais et s’engage dans le terrorisme ; le second est un jeune homme pauvre, dont la famille vit de l’agriculture, qui se revendique de Gandhi et de la non-violence. Son existence un peu terne prend de nouvelles couleurs lorsqu’il rencontre Soundari, la belle et riche sœur de Debidayal.

Ce roman, à lire le résumé, avait du potentiel : on nous avait promis des balades du Penjab aux bagnes des Andamans, des rebondissements, à l’image de la société indienne, entre traditions et contradictions… Ce résumé n’est pas menteur mais, selon moi, l’erreur principale de ce roman est de se reposer sur ses péripéties, en loupant complètement l’humain au centre ! C’est une chose de manœuvrer ses personnages dans d’innombrables déboires, c’en est une autre de faire ressentir de l’empathie pour eux. Malheureusement, je n’ai pas plus frissonné quand les héros traversaient des épreuves que quand ils connaissaient le bonheur. De plus, bien que j’aie poussé la lecture jusqu’à son terme, la fin très abrupte m’a désagréablement surprise, me laissant un goût d’inachevé (la fin ressemblait tellement à un cliffhanger que je me suis renseignée sur l’existence d’un tome deux, sans résultat).

Les différents prix et récompenses accordés à La fureur du Gange s’expliquent pour moi par un changement d’époque et de mentalités. Originellement paru en 1964, Malgonkar décrivait alors des événements qu’il connaissait bien (il a vécu pendant cette période), et l’actualité de la guerre 1940-1945, puis de la guerre civile qui a mené à la partition de l’Inde et du Pakistan, était encore probablement dans toutes les mémoires. Notons néanmoins la dimension toujours actuelle de ce roman. Les massacres des hindous et des musulmans d’alors font écho au discours du parti majoritaire d’Inde depuis 2014, le Bharatiya Janata Party, qui veut ignorer les musulmans et autres minorités d’Inde, et n’hésite pas à déclarer que « un vrai Indien est un Hindou ».

La fureur du Gange ne m’a pas convaincue… Même pour une lecture sans prise de tête, un peu d’évasion, on peut trouver mieux…

 

 

Édition utilisée : MALGONKAR, M., La fureur du Gange, 1964. Pour l’édition française : 2004, Editions du Rocher, Monaco, coll. Terres étrangères, traduit de l’anglais (Inde) par Patrice Ghirardi.

 

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