La sacoche – Bahiyyih Nakhjavani

La sacoche commence comme un conte… D’une écriture déliée, très sensorielle, l’auteure nous présente le désert immense d’Arabie et un voleur bédouin au service de brigands… Un jour, la rumeur du passage prochain d’une caravane transportant plus de richesses et de merveilles qu’ils n’ont jamais pu en rêver arrive à leurs oreilles… Le Bédouin s’empare d’une sacoche mystérieuse, mais pas pour longtemps… Au fil des pages, le lecteur découvre différents personnages, avec leurs motivations et leurs croyances.

Le voleur entendit la brise le trahir, mais les brigands semblaient ne rien entendre. Il entendit la lune prendre sa défense, mais le chef semblait ne rien entendre. Même lorsque les étoiles vinrent témoigner, l’une après l’autre, citant en exemple de lointains soleils, présentant des preuves issues de la succession des saisons, nul autre que le Bédouin ne parut se rendre compte que les temps avaient changé, que les termes du contrat s’étaient modifiés, irrévocablement.

J’ai pu facilement pénétrer dans l’univers de ce récit, aux intersections du roman, du conte et du conte philosophique. Même si le début a pu se révéler déconcertant (des personnages intrigants, sans nom propre…), le système de changement de perspective utilisé dans La sacoche a bien fonctionné sur moi, et plus je lisais, plus j’avais envie de lire et d’en savoir davantage sur tous ces personnages atypiques, venus des quatre coins du Moyen-Orient. B. Nakhjavani a l’art de raconter, de ressusciter sous nos yeux des humains qui ont peut-être vécu, des paysages, des nourritures et des perceptions ! L’évocation est perpétuelle, et la promenade magique, de Constantinople à Djibouti et de la Mecque à Karachi, en passant par Damas et Ispahan…

La mystique joue un rôle important dans La sacoche. Qu’est-ce qui a amené les différents personnages en cet endroit précis, le désert d’Arabie, lors d’une journée précise ? C’est tout le sens du roman, qui déroule un fil d’événements qui semblent amener, presque comme dans une tragédie grecque, le Bédouin, la Fiancée, le Derviche et d’autres à cette croisée des chemins (et des destins). Loin d’évoquer seulement la mystique par la forme du roman, B. Nakhjavani attribue à chacun une grande spiritualité ; tous les personnages développent une réflexion spirituelle, qui ne les enferme que rarement dans une foi prescriptive, mais qui les ballote plutôt de questionnements en hésitations et d’espoirs déçus en joies miraculeuses…

La sacoche est un roman peu prédictible, surprenant et élégant. Une agréable lecture pour les vacances qui commencent.

25 Nakhjavani

Édition utilisée : NAKHJAVANI, B., La sacoche, 2000. Pour mon édition : 2000, Actes Sud, Arles, traduit de l’anglais par Christine Le Bœuf.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s