Moxyland – Lauren Beukes

Moxyland était vendu – selon une citation d’André Brink (qui est, avec Coetzee, l’auteur sud-africain le plus connu chez nous) sur la couverture de mon édition – comme ayant le potentiel, à l’instar d’Orange mécanique, de devenir un livre culte ! Sans forcément croire André Brink sur parole, j’avoue que cela m’a intriguée… Mais la raison principale pour laquelle j’ai craqué pour ce roman, est que j’avais un bon a priori sur la science-fiction sud-africaine (notamment Chappie et Elysium, réalisés par Neill Blomkamp). Pour le coup, mon dernier visionnage d’Orange mécanique date un peu, mais je n’ai pas vraiment fait le rapprochement entre les deux œuvres – Moxyland m’évoque plus aisément un 1984 actuel…

Dans Moxyland, le lecteur se retrouve au Cap, dans une société que l’auteure a vraisemblablement voulue comme l’évolution naturelle de notre société contemporaine. Dans cet univers proche, le virtuel n’a plus seulement une place importante, il est indispensable à la vie quotidienne : chacun possède un téléphone qui est utilisé pour tout et n’importe quoi, comme déverrouiller son domicile, prendre le métro, s’identifier, faire des achats. De même, la punition en cas de délit est d’être « débranché », et ainsi se retrouver SDF, incapable d’évoluer dans ce monde. Nous suivons quatre personnages principaux, aux caractéristiques divers, mais qui se ressemblent par leur jeunesse et leur assimilation native des technologies de cette société (comme la génération K d’aujourd’hui). Il y a Kendra, une jeune photographe qui choisit de se faire « sponsoriser » par une marque de soda, en se faisant inséminer une tech qui la rend accro au soda en question ; Tendeka, un activiste qui, le jour, travaille avec des gosses des rues et, la nuit, entreprend de petites actions de contestation contre le pouvoir en place ; Toby, un enfant de riches qui anime un streamcast permanent ; et Lerato, une informaticienne surdouée, qui travaille au sein d’une des plus grosses corporations du pays, mais n’hésite pas à profiter de son poste ou de ses capacités pour arrondir les angles pour elle-même ou ses amis… Chacun à sa façon ressent une oppression du système dans lequel ils vivent, que ce soient à travers la toute-puissance des grosses corporations, la domination policière, la dictature d’être branché en permanence (et la peur d’être « débranché » et de finir à la rue…)

L’ambiance de Moxyland est vraiment sympa. J’ai apprécié le travail qui a été fait pour construire une société complète et réaliste (on croise dans le roman, en vrac : des lois, des hôpitaux, des industries, une police, un milieu culturel, des enfants des rues, des manifestations, …) Le principal rapprochement que je fais avec 1984 est cette création d’une société qui « tient » et « fonctionne » bien, ainsi que le sentiment d’oppression ressenti par les protagonistes et le pessimisme important qui se dégage de l’entièreté du roman (la société est pourrie, mais il n’y a pas de recours pour la changer). Selon moi, cette société « crédible » dans Moxyland est aussi, un peu paradoxalement, la plus grande faiblesse du roman… Moxyland – plutôt court pour un roman de science-fiction – prétend à une ampleur qu’il peine parfois à obtenir. Par exemple, on ne sait pas grand-chose des différents protagonistes, du reste du monde (en-dehors de la ville du Cap) ou du système politique de cette société. J’aurais apprécié explorer davantage l’univers, rencontrer d’autres gens, voyager, par exemple aller à l’aventure dans les campagnes où il y a, parait-il, de terribles épidémies… De plus, le jeu en ligne « Moxyland », qui donne son nom au roman, n’est pas un élément essentiel, il est même plutôt discret dans le roman !

Malgré ces réserves, je ne condamne pas du tout Moxyland ! Il m’a fait passer un très bon moment ! Ce roman se lit facilement, l’action est rythmée, la perspective changeante entre les quatre protagonistes permet d’explorer différentes facettes de la société… Moxyland ne sera peut-être pas la prochaine pierre angulaire de la science-fiction post-2010, mais Lauren Beukes a néanmoins écrit un divertissement de qualité, en phase avec les préoccupations actuelles qui concernent l’emprise des nouvelles technologies dans nos vies, les migrants et les réfugiés, la génétique…

beukes

Édition utilisée : BEUKES, L., Moxyland, 2008. Pour l’édition française : 2014, Pocket (Presses de la Cité), Paris, traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Laurent Philibert-Caillat.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s