L’île des oubliés – Victoria Hislop

L’ïle des oubliés est un roman que j’ai découvert dans un bourse aux livres, et j’ai tout de suite tenu à lire, pour le plaisir de me retrouver en Crète – où se passe l’action – à des endroits que j’ai déjà visités. Malheureusement, ce roman m’a beaucoup déçue…

L’intrigue est plutôt simple : Alexis, fille d’une Crétoise immigrée depuis longtemps au Royaume-Uni, voyage jusqu’à Plaka, petit village du nord-est de la côte crétoise, qui fait face à l’île de Spinalonga. Cette île a abrité la plus grande colonie de lépreux grecque durant la première moitié du XXe siècle. Là, Alexis découvre l’histoire de sa famille, que sa mère n’a jamais osé lui expliquer…

Comme je l’ai dit ci-dessus, mon avis final sur L’île des oubliés est plutôt négatif ; mais commençons cette critique par les points positifs. Un fait que j’ai apprécié, c’est que l’intrigue lève le voile sur un pan de l’Histoire grecque peu connu. Il y eut bien une énorme colonie de lépreux à Spinalonga, et ces gens vécurent une « vraie » vie ; en dépit de la maladie et de sa réalité quotidienne, il y eut sur l’île un village avec des boutiques, un journal local, des projections de cinéma, des mariages et quelques naissances (une situation intéressante qui pourrait donner lieu à un autre roman, car les enfants qui naissaient sur l’île en bonne santé étaient reconduits sur le continent pour y être adoptés…) Un autre point que j’ai apprécié, fort personnel, car ayant déjà été en Crète et visité les lieux où se déroule l’action, est un sentiment de familiarité, de petits détails que l’auteure insère pour donner une « couleur locale » aux endroits et aux personnages… Dommage, mais ce point est rapidement tempéré, car ces détails tombent rapidement dans le cliché et une vision très « touristique » de la Crète. Ceci fait le lien avec mes points négatifs…

Premièrement, l’intrigue n’est ni originale ni vraiment intéressante. La curiosité d’Alexis quant à son histoire familiale est un simple prétexte pour déclencher un énorme flashback qui couvre une trentaine d’années de la vie dans un petit village crétois. La soi-disant intrigue ventée sur la quatrième de couverture, à savoir, la relation entre Alexis et sa mère, n’est effleurée qu’au tout début et à la fin du roman.

Le gros, gros problème qui a entravé ma lecture, ce sont les clichés, qu’on retrouve à deux niveaux dans L’île des oubliés. D’abord, je l’ai dit plus haut, les détails qui font « couleur locale » tombent avec une répétition affligeante dans le cliché. L’auteure a une vision complètement « touristique » de la Crète ; ç’aurait pu s’expliquer si l’histoire avait été déclinée selon le point de vue d’Alexis, mais non, ce sont des personnages crétois qui sont supposés être les héros ! Le second niveau de clichés dont je voulais parler concerne les personnages et l’écriture du roman, de manière plus générale : j’appellerai cela une « paresse d’écriture ». Les personnages principaux ne sont pas creusés (et donc pas attachants), chacun est uniquement défini par une ou deux caractéristiques (Maria est respectueuse et gentille, Anna est égocentrique, Giorgis est un pêcheur humble et bon, etc.) Quant aux personnages secondaires, ce sont simplement des clichés sur pattes. J’y vois une « paresse d’écriture » car l’auteure fait appel à des clichés connus du lecteur et faciles à imaginer (le pêcheur crétois a nécessairement le visage buriné par le vent, est bien sûr pauvre mais humble et ne se plaint pas de son sort) et se repose complètement sur eux.

Enfin, un dernier problème, qui pourra peut-être être jugé moins important, mais qui brise vraiment le plaisir de la lecture, est la qualité d’écriture (et ici, je m’interroge si elle est plutôt due à l’auteure ou à la traductrice…) Il n’y a aucune recherche dans l’écriture, soit, ce n’est pas toujours un problème, mais même une phrase sujet-verbe-complément semble compliquée, certaines phrases sont à peine françaises…

En conclusion, ce roman a été une fameuse déception. J’ai l’impression que l’auteure a eu le coup de foudre pour ce coin de la Crète, et a voulu lui rendre hommage en écrivant un roman qui se passe à cet endroit. Malheureusement, un bel endroit, même chargé d’Histoire, ne fait pas toujours un bon roman.

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Édition utilisée : HISLOP, V., L’île des oubliés, 2005. Pour mon édition : 2012, Éditions Les Escales, Paris, traduit de l’anglais par Alice Delarbre.

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