El beso de la mujer araña – Manuel Puig

Le baiser de la femme-araignée raconte l’histoire de deux prisonniers qui, sous la dictature argentine (1976-1983) se retrouvent à partager la même cellule de prison. L’on ne pourrait imaginer personnages plus différents ; Valentín est un prisonnier politique, activiste, muré dans son refus de parler de sa vie personnelle ou de son activité politique ; Molina est un homosexuel condamné pour avoir « corrompu la jeunesse », peu intéressé par les questions politiques, mais sensible à l’art. Pour échapper à la solitude et à la constante peur de la torture, Molina se met à raconter à son compagnon d’infortune l’histoire de films qu’il a vus et aimés. Les deux hommes trouvent dans ce discours de fiction, où le danger n’est pas présent, un terrain de communication…

Ce qui fait l’originalité et l’intérêt du roman, c’est notamment le fait que la narration soit de nature réaliste et uniquement composée de dialogues. Le lecteur n’en sait jamais plus que les personnages, car il apprend uniquement ce que l’un et l’autre veulent bien se dire et, de manière plus subtile, la façon dont chacun juge l’autre. Ce procédé induit un rythme et un suspense général bienvenu dans l’intrigue.

Un thème important dans le roman est celui de l’amour. Que ce soit à travers Molina, personnage homosexuel qui semble avoir des difficultés avec son image (il se présente comme une « femme », se décrit parfois comme quelqu’un de « dégradé »), Valentín, qui n’a pas pu vivre son amour pour des questions politiques, ou l’affection qui se crée entre les deux personnages, le lecteur traverse ces relations et la question de l’amour transcende tout le roman. L’interaction des deux personnages est aussi le grand propos du roman, et l’évolution de cette relation, avec quelques rebondissements inattendus, est réfléchie et bien traitée par Puig. Cet aspect relationnel est le point qui m’a plus plu dans le roman, et celui que je retiendrai.

Ce roman, pièce célèbre de la littérature argentine, n’est pas à mettre dans toutes les mains, selon moi. Pour tous ceux qui seraient curieux de la littérature sud-américaine ou de la littérature des dictatures, le roman est intéressant, mais de par ses thèmes et sa construction, ce n’est pas un roman « pure détente ». Pour un public intéressé, donc.

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Édition utilisée (en espagnol) : PUIG, M., El beso de la mujer araña, 1976. Pour l’édition présente : 2015, Seix Barral, Barcelona.

SI vous souhaitez lire la version française, elle est parue originellement en 1979 aux éditions du Seuil, et connait de nombreuses rééditions depuis.

SI vous vous intéressez à d’autres médias, El beso de la mujer araña a été adapté en film en 1985 par Héctor Babenco, de même qu’en pièce de théâtre et en comédie musicale.

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