La destruction du Parthénon – Le manucure – Christos Chryssopoulos

Et si l’on parlait de la Grèce ?

En trainant dans une librairie, au début de l’été, je suis par hasard tombée sur La destruction du Parthénon, de Christos Chryssopoulos. Étant pour des raisons personnelles très attachée à la Grèce, le titre et le résumé m’ont sauté aux yeux et je me suis empressée d’acheter et de dévorer ce court roman. Immédiatement après l’avoir terminé, j’ai voulu lire autre chose de ce même auteur, et je me suis procuré Le manucure, que j’ai tout aussi rapidement lu. Il y a quelque chose chez Christos Chryssopoulos.

La destruction du Parthénon, comme son nom l’indique, est le récit fragmenté de la destruction de ce monument historique et emblématique d’Athènes, monument qui, dans le roman, apparait comme un symbole de l’immobilisme de la Grèce et qui doit être détruit pour permettre à son peuple d’aller de l’avant ; en effet, chez Chryssopoulos, l’idée de l’ancrage à un « âge d’or » disparu, qui gâche au peuple grec toutes ses chances d’innover et d’avancer, est très présente. Écrit avant l’explosion de la crise grecque, ce roman était visionnaire pour différentes raisons : il montre la difficulté de ce peuple à établir une économie ou un état politique stable ; il exprime la pression du passé dans ce pays qui a déjà connu son âge d’or avec la Grèce Antique ; il se réfère aussi, cela m’a frappée dans le contexte actuel, au terrorisme et au besoin de supprimer le passé pour (mieux ou pas) se reconstruire par-dessus (à l’image des destructions de Palmyre par l’Etat Islamique en Syrie).

Ce qui lie La destruction du Parthénon au Manucure, est non seulement la période de leur écriture (bien qu’ils aient été publiés à dix ans d’intervalle) comme Chryssopoulos l’explique en interview[1] mais également le thème de l’obsession. Dans Le manucure, le héros a une obsession, dont les racines plongent dans un passé mystérieux, pour les mains. Il en fait un art de vivre, une forme de relation au monde, et cette obsession, tout comme dans La destruction du Parthénon, transcende pour lui le carcan de l’éthique, du bien et du mal.

Quand on vit avec les mains et non avec les yeux, on vit lentement, humainement. L’aveugle vit au rythme de la stalagmite, un rythme solide. Les mains ne peuvent appréhender qu’une chose à la fois. Les yeux sont submergés d’images qui leur arrivent en même temps. C’est pourquoi celui qui voit avec les mains perçoit l’intégralité des choses, leur singularité, leur nature, en profondeur.

Ce thème de l’obsession, de même que la forme fragmentée des romans, lie ces deux courts récits à celui que Christos Chryssopoulos vient de sortir en français, La tentation du vide (Shunyata) pour la rentrée littéraire. Je ne me suis pas empressée de vous parler de ce livre-là, bien que je compte le lire très prochainement, car je voulais remonter aux sources, lire ces trois livres ensemble, puisqu’ils sont liés selon l’auteur lui-même.

Je ne peux que recommander la lecture de ces deux (trois) romans à tout le monde. Les histoires sont prenantes, courtes mais ciselées, il ne semble pas y avoir un mot en trop ou trop peu. Christos Chryssopoulos est un écrivain de plus en plus connu dans le monde entier, et à raison. Ces deux romans sont appelés à devenir, selon moi, des classiques de la littérature contemporaine.

[1] https://www.youtube.com/watch?v=0PhMnNTB-TA&feature=youtu.be

 

Je me permettrai de sortir quelques instants de mon rôle ici choisi, de blogueuse littéraire, pour attirer votre attention, mes lecteurs, sur les situations difficiles que vivent les citoyens grecs en ce moment. Le fait n’est pas ici de savoir ce qui a amené une crise pareille au pays, économie défaillante, arrivée massive de migrants… Avec l’austérité extrême imposée, notamment par l’Europe, à la Grèce, l’accès à l’éducation et aux soins de santé devient très difficile pour énormément de citoyens grecs : les écoles ne sont plus chauffées, les hôpitaux plus approvisionnés… J’ai moi-même vu, dans des zones moins touristiques (Santorin et le tourisme de luxe sont l’exception de la Grèce, ne vous y fiez pas) les files devant les banques l’été dernier, et pas plus tard qu’il y a un mois, des personnes mendier dans la rue pour acheter des médicaments… J’inscris ici les liens d’Urgence Grèce pour que vous puissiez vous renseigner sur la situation. Je le fais en toute conscience personnelle, je n’ai pas été sollicitée.

http://urgencesgrece.eu/fr

http://urgencesgrece.eu/fr/la-campagne

13 Chrys

Édition utilisée : CHRYSSOPOULOS, Chr., La destruction du Parthénon, 2010. Pour l’édition française : 2012, Actes Sud, Arles, traduit du grec par Anne-Laure Brisac

CHRYSSOPOULOS, Chr., Le manucure, 2000. Pour l’édition française : 2005, Actes Sud, Arles, traduit du grec par Anne-Laure Brisac.

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