Eviter les péages – Jérome Colin

Éviter les péages, de Jérome Colin, est un livre touchant que je serais tentée de qualifier, à défaut de meilleur mot, de « concret ». Le narrateur fait penser à un ami qui vous parlerait à l’oreille, un soir et, ce soir-là, en laissant tomber son masque de positivisme et de rationalisme, laisserait parler ses doutes et ses envies… Qu’ai-je fait de ma vie ? Qu’ai-je réellement encore envie de faire ? Y a-t-il quelque chose à faire ?

C’est toujours à ce moment-là que les questions improbables viennent me gifler, du genre : Est-ce qu’il me reste des choses à faire sur cette terre ?

Je ne le crois pas. J’ai déjà aimé très fort. J’ai joui. J’ai eu trois enfants. J’ai voyagé un peu. J’ai rencontré des gens. Je connais déjà mes meilleurs amis. Qu’est-ce qu’il me reste à faire d’important ? Rien, je crois. À trente-huit ans, l’essentiel a été fait. La partie est déjà finie ! Et ça me rend dingue.

Il y a, bien sûr, une situation de base et un enjeu : un homme de trente-huit ans, installé dans un métier dont il ne rêvait pas (chauffeur de taxi) et installé dans la vie (une femme, trois enfants), rencontre Marie, pour qui il a un véritable coup de foudre. La question se pose alors : va-t-il (veut-il ?) rester avec sa femme, qu’il n’est plus certain d’aimer, ou partir avec Marie, sans savoir ce qu’il adviendra de cette relation ? Ce dilemme est un prétexte pour la réflexion « concrète », entre amertume et enthousiasme, de quelqu’un qui n’est plus vraiment jeune mais pas encore tout à fait vieux… Le narrateur évoque tout ce qui fait la vie : l’amour, la famille, la mort de son père, le train-train du boulot, les étrangers rapidement rencontrés, ce qu’il a compris, ce qu’il a appris…

Le traitement du personnage est ce qui rend, pour moi, ce livre agréable et intéressant : le narrateur fait très « vrai », entre ses interactions avec ses clients, son hypocondrie, le poids de la mort de son père, son humour un peu désespéré, sa relation à la musique… Un aspect plaisant du livre, qui rythme joliment le récit, est d’ailleurs la référence constante à la musique pop-rock (et ce dès le titre, « éviter les péages », extrait d’Osez Joséphine, d’Alain Bashung). La bande son du livre ajoute une dimension à l’univers du récit, permettant de le visualiser comme un film, mais permettant aussi de mieux aborder et de comprendre le personnage principal, ses instincts et ses irrésistibles désirs d’autre chose.

Éviter les péages est un livre agréable, facile à lire (lu en un dimanche, sans me presser) et, bien que la thématique abordée parle à tout le monde (qu’ai-je fait de ma vie ? où vais-je aller maintenant), je n’ai pas trouvé la réflexion simpliste pour autant. L’authenticité du personnage principal est pour beaucoup dans l’intérêt de sa réflexion ; il ne se débat pas avec de nombreux problèmes plus ou moins artificiels, il ne se débat pas du tout ! Le narrateur ne cherche pas à construire une vision ou une philosophie de vie, mais prend plutôt la peine de faire une pause (nécessaire) pour se demander à quoi sa vie a servi et ce qu’il peut encore en tirer… Un livre à conseiller à un large public.

Déjà la dixième critique publiée sur ce blog! Et déjà un beau petit tour du monde littéraire… De quel endroit, auteur, aimeriez-vous que provienne ma prochaine critique? 🙂

10 Colin

SI vous voulez écouter la playlist officielle du roman, Allary Éditions s’est amusée à la composer sur youtube : https://www.youtube.com/playlist?list=PLPioEWGLVP-awygHyQC89uT3e0JVrcP_7

Édition utilisée : COLIN, J., Éviter les péages, 2015, Allary Éditions, Paris

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