Just Kids – Patti Smith

Si jamais je devais lire mes poèmes, c’était vraiment l’endroit rêvé. Mon but n’était pas seulement de m’en sortir honnêtement, ou de sauver l’honneur. C’était de créer l’événement. Je le faisais pour la Poésie. Je le faisais pour Rimbaud, et je le faisais pour Grégory. Je voulais insuffler dans le mot écrit l’immédiateté et l’attaque frontale du rock and roll.

Pourquoi lire et aimer lire Patti Smith ? Parce que c’est la souveraine des poétesses, loin devant ses contemporains, qui n’a jamais cessé d’insister sur la puissance des mots, leur pouvoir et leur beauté intrinsèque. Parce qu’elle est une artiste entière, qui a pris le temps d’arpenter différents chemins avant d’aborder celui par lequel elle s’est le plus définie, le rock and roll. Parce qu’il y a une honnêteté et une grande sérénité dans son autobiographie ; elle relit et réécrit sa relation avec celui qui deviendra le grand photographe Mapplethorpe avec une espèce de justice, sans jugement ni apitoiement tardif, sans condescendance non plus.

L’autobiographie de Patt Smith est impressionnante – autant que la bonne femme l’est ! Elle plonge son lecteur dans le New-York des années 70, à l’époque où Andy Warhol régnait sur la ville et où toute sa cour se pressait dans son café fétiche ; à l’époque où disparaissaient Janis Joplin, Jimi Hendrix et Brian Jones. À l’époque de sa jeunesse, où Patti et Robert ne savaient pas bien ce qu’ils allaient faire de leur vie, sinon faire vivre l’art. À l’inverse d’afficher un aveuglement têtu ou un refus du monde (un repli sur soi, ceux qui se prétendent artistes avec un grand A et se prennent la tête dans des mises en scène isolantes), Patti a été et demeure intensément présente au monde, consciente du monde. Elle m’a toujours parlé à travers sa musique, elle le fait désormais directement. À travers le récit de son parcours (ses petits boulots, ses galères, sa relation infinie et indéfinissable avec Mapplethorpe, le Chelsea Hotel), elle nous dit que rien n’est défini ni définitif, et que le chemin qu’on s’est juré de suivre n’est pas nécessairement celui qu’on longera toute notre vie ; Patti, par amour de la poésie, est entrée dans le rock and roll (et dans le panthéon rock). Heureusement pour nous.

Et vous, avez-vous déjà lu, écouté, vu Patti Smith en concert?

04 Smith

SI vous vous intéressez à la poésie de Patti Smith, je vous encouragerai encore davantage à l’écouter qu’à la lire ; il est bien sûr possible de trouver ses recueils de poésie en anglais ou traduits, mais c’est surtout sa discographie qui m’a permis d’apprécier son langage jusqu’au fond des mots. Je conseillerais en particulier les albums : Horses (1975), Easter (1978) et Banga (2012)

Édition utilisée : SMITH, P., Just Kids, 2010. Pour l’édition française : 2010, Éditions Denoël (Gallimard), Paris, coll. Folio, traduit de de l’américain par Héloïse Esquié

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