Estrella distante – Roberto Bolaño

Estrella distante, de Roberto Bolaño, est l’équivalent littéraire d’une grande claque dans la figure. Il y a les claques salutaires, de celles qui remettent les idées en place, et puis il y a les claques qui font mal, les claques qui donnent envie de pleurer de rage et d’injustice. Estrella distante fait très, très mal. En 1997, date à laquelle parait le roman, le Chili est plongé jusqu’au coup dans le « Rapport de vérité et de réconciliation » (Primer Informe de Verdad y Reconciliación) et ça marche bien, tu parles ! Avec une demi-démocratie, les militaires, responsables du coup d’état, bourreaux de tous les crus libres comme l’air et Pinochet qui siège comme sénateur à vie après sa dictature, le pays et surtout les gens n’ont ni pardonné ni oublié. Dans ce contexte de parution, Estrella distante fait l’effet d’une bombe au Chili et à l’étranger, et à sa lecture en 2015, on comprend encore aisément pourquoi.

La douloureuse fusion de la mémoire inachevée, de la recherche jamais conclue, de tous les disparus a coulé un trou béant dans le système vital du narrateur. Face à lui, une statuette de plomb, le rictus insensible du sadique militaire Wieder, dont la pulsion créatrice n’a d’égale que sa pulsion maniaque de mort. Nous suivons le narrateur dans la constitution trouée de son rapport à lui, sa compilation de vies incomplètes. Tout jeune homme au moment du coup d’état, le narrateur a choisi la voie de l’exil et s’efforce, désormais, de retracer le parcours de ceux – dont Wieder – qui gravitaient autour d’un atelier de poésie à Concepción juste avant les événements du 11 septembre 1973. Dans un souci obsessionnel de ne pas oublier, de reconstituer – car oublier un élément serait voler à ces personnages un trait de leur vie, et c’est parfois tout ce qu’il reste, les corps disparus, la mémoire biologique étant irrécupérable – le narrateur et son ami Bibiano traquent de leurs maigres forces Wieder le fou…

Dans Estrella distante, on lit la politique, le trou noir de la disparition, la violence étatique organisée contre tout un peuple en filigrane d’un récit forcé, pénible, récit peuplé de souvenirs pas tout à fait corrects et d’actions qui ont peut-être eu lieu… Témoignage balbutiant, presque gêné, de ceux qui sont encore là sans trop oser parler.

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SI vous souhaitez lire la version française, on trouve une édition d’Étoile distante publiée chez Christian Bourgeois Éditeur.

Édition utilisée (en espagnol) : BOLAÑO, R., Estrella distante, 1996, Editorial Anagrama, 1996, Barcelona

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